Alors que le débat sur le prix du gasoil et le passage à l’électrique bat son plein, on oublie que nombre des premières voitures étaient électriques. C’est le cas de la Jamais Contente, premier véhicule sur terre à dépasser les 100 km/h.


Si le pétrole a dominé le XXème siècle, l’électricité était bien présente au début de l’aventure automobile. Elle avait même “les préférences d’un grand nombre de personnes”, d’après Le Monde Illustré du 1er Juillet 1899, “C’est qu’en effet la voiture électrique présente sur la voiture à pétrole des avantages appréciables, tels que propreté, silence absolu, docilité, élégance, confortable, etc… [...] il est indéniable que c’est là l’avenir de la locomotion routière.

Un record à battre

Le Comte de Chasseloup-Laubat sur sa Jeantaud Duc électrique

C’est sur une route détrempée qu’arrive Camille Jenatzy au matin du 29 avril 1899. Les pluies des derniers jours ont formé une boue collante sur la route centrale du parc d’Achères, dans les Yvelines. Il serait plus sage d’attendre de meilleures conditions, mais le pilote refuse d’abandonner là. Il doit à tout prix faire mieux que le comte Gaston de Chasseloup-Laubat, détenteur du record de vitesse de 92,78 km/h, établi presque deux mois plus tôt.

Cette rivalité sportive a débuté quelques jours avant Noël 1898. Le comte de Chasseloup-Laubat, à bord d’une Jeantaud Duc électrique, inscrit le premier record du monde de vitesse en atteignant les 63,15 km/h. A l’époque, on mesure la vitesse en faisant parcourir à l’équipage une distance d’un kilomètre, que l’on rapporte ensuite à l’heure pour obtenir la vitesse moyenne.

Le 17 janvier 1899, Camille Jenatzy se lance à son tour le défi et dépasse les 66 km/h avec sa Dogcart électrique, record tout de suite repris par le comte et sa Jeantaud, qui atteignent les 70,31 km/h. Tenace, Jenatzy retente sa chance dix jours plus tard, écrasant le temps du comte avec 80,35 km/h. Mais dès le mois de mars, ce dernier arrive à faire monter sa voiture à 92,78 km/h, une vitesse qui semble alors imbattable.

La Jamais Contente

Jenatzy prend une décision. Alors que jusqu’à présent, les voitures utilisées dans les courses sont les mêmes que celles du quotidien, il décide de construire une voiture spécialement pour la course et pour battre ce record. La Jamais Contente est née. Cette voiture en forme de torpille est propulsée par deux moteurs électriques placés entre les roues arrières, d’une puissance totale d’environ 68 chevaux.

C’est donc le 29 avril 1899 que Camille Jenatzy lance son étrange bolide sur une troisième tentative de record de vitesse. Après de nombreuses nuits sans sommeil, il touche enfin son but et pulvérise le record du comte de Chasseloup-Laubat : 105,88 km/h. Il est le premier à dépasser la barre symbolique des 100 km/h. Son adversaire s’avoue vaincu et ce record n'est battu qu’en 1903 par Léon Serpollet avec une voiture à vapeur atteignant les 120 km/h.

En 2009, Venturi Automobiles baptise “Jamais Contente” son véhicule de 800 ch en hommage au véhicule de Jenatzy. Cette Jamais contente "nouvelle génération" bat le record du monde électrique en atteignant les 515 km/h sur le lac salé de Bonneville dans L’Utah.

Quant à son nom, la légende dit que c’est madame Jenatzy qui en eut l’idée. A force d’entendre son mari rouspéter et pester contre ses véhicules qui n’allaient jamais assez vite, ce jamais content méritait bien un petit clin d’oeil sur son bolide…