Il y a 56 ans aujourd’hui disparaissait Ricardo Rodriguez, un pilote mexicain de Formule 1. Ce jeune prodige du volant est souvent considéré comme l’un des meilleurs de sa génération et aurait pu grimper dans l’histoire du sport automobile auprès de Prost et Senna si le destin n’en avait pas décidé autrement.


Il n’a que dix-huit ans, mais impressionne déjà Enzo Ferrari. Après sa deuxième place aux 24 heures du Mans 1960, il se voit confier un volant au Grand Prix de Monza l’année suivante. Se lancer en Formule 1 à dix-neuf ans, dans une Ferrari à Monza, quelle pression ! Pourtant, cela ne semble pas l’atteindre. Il se qualifie en première ligne, à seulement un dixième derrière le poleman et devant son coéquipier Phil Hill, futur champion du monde.

Ferrari l’engage pour la saison 1962. Mais si les voitures rouges étaient dominantes la saison précédente, elles se retrouvent cette fois-ci dépassées. Avec seulement quatre Grands Prix et autant de points, le Mexicain est frustré de ne pas pouvoir laisser parler son talent.

En course, il prend de nombreux risques, ce qui inquiètent ses concurrents mais aussi Enzo Ferrari, pourtant réputé pour mettre la pression sur ses pilotes :

Ricardo Rodriguez est un jeune homme qui conduit avec une terrible imprudence. Je pense que s’il apprend à contrôler son enthousiasme, il pourra avoir un incroyable succès. Je lui ai dit “Ricardo, tu seras un grand pilote uniquement si tu apprends le contrôle. Sinon, je ne sais pas pendant combien de temps encore ton talent pour l’improvisation te sauvera””.

Objectif Mexique

Alors qu’il participe de nouveau au Grand Prix de Monza, il apprend que Ferrari ne compte pas finir la saison. L’écurie veut économiser de l’argent et mettre toute son énergie sur la préparation de la saison suivante. Cela signifie donc ne pas participer aux dernières courses, dont le premier Grand Prix du Mexique.

Pour Rodriguez, il est impossible de ne pas y rouler. Il se dirige alors vers Rob Walker, le dirigeant de l’écurie du même nom, qui se souvient : “je le connaissais à peine, je lui avais peut-être parlé dix fois. Je me suis tourné vers Alf (Francis, chef mécanicien) qui m’a répondu qu’il n’y avait aucune raison de ne pas le faire.”

Le deal est passé, Rodriguez peut s’envoler pour son pays natal. Si cette course ne compte pas pour le championnat, presque toutes les écuries sont présentes. Cet évènement doit être une grande fête, dont le prestige est seulement terni par l’absence des voitures rouges. Mais qu’importe, le héros national est présent.

Le dernier Grand Prix

Rodriguez tombe tout de suite amoureux de sa Lotus 24, beaucoup plus agile que sa Ferrari. Et ça se voit. A la fin de la première journée d’essai, il caracole en tête des chronos. Pensant que personne ne le battra plus désormais, il enlève sa combinaison pour des vêtements civils.

Mais c’est sans compter sur John Surtees qui sort à la fin de la session et améliore de peu le temps de Rodriguez. “Cela n’aurait pas dû compter” raconte Jo Ramirez, un ami d’enfance ayant également travaillé en Formule 1. “C’était seulement un jour de test. Mais son père lui a dit “non, non, tu dois être le plus rapide, remonte dans la voiture””.

Don Pedro est très présent. Il est toujours là, à pousser ses deux garçons. Sa mère n’est pas en reste, agitant son mouchoir à chaque passage et criant “plus vite, plus vite, plus vite !”. Alors, animé par une ambition folle et l’insistance de son entourage, Rodriguez remet sa combinaison. Après un signe de croix et un dernier baise-main à son père, il sort du stand pour effectuer un temps. Un temps qui lui sera fatal.

Alors qu’il arrive au dernier virage, la courbe relevée de la Parabolica, il perd le contrôle de sa Lotus. La voiture vient taper les barrières plusieurs fois, le Mexicain est éjecté du cockpit et perd connaissance à l’arrivée de l’ambulance. Il succombe avant même d’atteindre l’hôpital.

Deux théories s’affrontent pour expliquer cet accident. Certains, comme son père, disent qu’il y a eu un problème mécanique. A l’entrée de la Parabolica, il y a une ondulation qui fait mal réagir les voitures passant dessus. C’est là que quelque chose sur la voiture a dû se casser. Pour d’autres, le jeune pilote a simplement été dépassé par ses émotions et en a trop demandé à sa voiture, pourtant connue pour sa difficulté à conduire dans ses limites.

Le sport automobile en deuil

Le choc est grand dans la communauté de la course automobile. Rodriguez était un jeune homme poli, apprécié et dont le talent était reconnu. Jo Ramirez se rappelle : “Ricardo était l’une de ces personnes qui s’entendent avec tout le monde. Toujours de bonne humeur, toujours rieur. Il était énervé s’il ne finissait pas une course parce que sa voiture était cassée, mais plus tard il allait à la fête du vainqueur.

Mexico est en deuil, pleurant son héros national. Plus tard, le Magdalena Mixhuca est renommé Autódromo Hermanos Rodríguez en son honneur et en l’honneur de son frère Pedro, qui décède lui aussi lors d’une course en 1971. Le circuit est aujourd’hui toujours utilisé pour le GP de Formule 1 du Mexique, où Lewis Hamilton a remporté son cinquième titre de champion du monde.

Mort à l’aube de ses vingt-et-un ans, ce pilote est reconnu par de nombreuses personnes comme l’un des plus talentueux de sa génération et qui, sans l’intervention du destin, aurait pu aller très loin. Jo Ramirez en fait partie : “Je ne suis peut-être pas objectif, mais je pense qu’il serait devenu un autre Prost ou Senna. Il était vraiment très spécial.”