Sur les traces de la croisière Jaune

Une expédition qui fera le tour de l’Asie suivant la légendaire route de la soie, voilà l’idée d’André Citroën en 1928. Un périple qui s’avère plus périlleux que prévu.


Prouver que l’automobile peut abolir les frontières géographiques, culturelles et politiques dans le monde”, voilà l’ambitieuse mission que se donnent André Citroën et Georges-Marie Haardt quand ils planifient leur Croisière Jaune. Les deux amis n’en sont pas à leur coup d’essai. En 1924, ils ont organisé la Croisière Noire, une expédition traversant l’Afrique ayant reçue un grand succès en France.  

L’autre but de cette croisière est bien entendu de démontrer la supériorité des conceptions Citroën, en les faisant souffrir dans les conditions extrêmes de l’Asie : montagnes, chaleurs ou grands froids, rien ne doit les arrêter… Du moins, c’est le plan.

Une longue organisation

Pas moins de trois ans de préparation sont nécessaires pour cette traversée de l’Asie. L’idée est de suivre la légendaire route de la soie, de Beyrouth à Pékin, puis de revenir par le Sud-Est de l’Asie et l’Inde. Il faut alors faire les démarches nécessaires pour obtenir les laissez-passer, s’arranger avec les différents gouvernements locaux pour assurer l’acheminement des vivres et du carburant. L’affaire ne sera pas mince, le gouvernement chinois pense qu’il s’agit d’une mission militaire, ne consentant à l’expédition qu’après de longues discussions.

Les voitures utilisées sont des autochenilles, des véhicules équipés de chenilles permettant de traverser tous les obstacles. Chacun d’entre eux a une fonction précise : radio, cuisine, commandement…

Parmi l’expédition, des mécaniciens, des scientifiques et des artistes. De nombreuses vidéos et photos sont pris tout au long du voyage. En tout, une quarantaine de personnes prennent le départ de cette aventure. Ils se séparent en deux groupe. L’un, Pamir, part de Beyrouth et va vers l’Est. L’autre, Chine, part de Tianjin, au Nord de Pékin et va vers l’Ouest. Les deux doivent se retrouver à Kachgar et faire route ensemble vers Pékin.

Une expédition plus périlleuse que prévue

Partant du Liban, le groupe Pamir doit affronter les chaudes températures de l’été sur les plateaux afghans. Les 50°C rencontrés font s’évaporer le carburant, les voitures sont limitées en puissance. Les nuits sont encore plus chaudes que les journées. Après une courte pause sur les territoires britanniques, goudronnés, l’expédition repart vers l'Himalaya.

Malgré les mises en gardes des locaux, Haardt est persuadé que le col de Burzil, situé à 4100 m de hauteur, est traversable. Il s’agit pourtant d’une difficulté supplémentaire. Les autochenilles doivent être démontées entièrement et transportées avec des mules. Si l’expédition en entier doit parcourir le chemin, 200 mules seront nécessaires. Impossible. Trois groupes sont alors effectués, les mules et porteurs faisant des aller-retour pour récupérer les suivants. Au final, 24 jours séparent le premier groupe et le troisième. Les hommes et les machines souffrent, mais arrivent à avancer. A l’autre bout de la route, les périls connus par l’équipe Chine sont plus grands encore.

En difficulté dès le début du voyage, les problèmes mécaniques des autochenilles épuisent leur stock de pièces détachées. L’équipée doit contacter André Citroën pour s’en faire expédier de nouvelles par train. Après ce retard, ils parviennent à poursuivre leur chemin à une vitesse folle de 100 km par jour, soit dix fois plus que les caravanes habituelles.

La malchance frappe de nouveau : une violente tempête de sable les bloque, puis un bidon d’essence explose à cause de la chaleur ambiante. Ils n’ont plus que 200 km de carburant, leur point de ravitaillement se situe deux fois plus loin. Un détachement va récupérer de l’essence pour pouvoir continuer.

Otages

Fin juin, ils arrivent dans la région du Sin-Kiang. Un paysage dévasté les attend. Une guerre civile entre communautés fait rage. Le gouverneur de la région , le maréchal King, bloque l’expédition et les garde sous surveillance. Ils doivent trouver une aide extérieure, sous peine de rester otages de la situation pendant des années. Ils envoient alors un message codé en morse avec leur radio, cachant les bruits de l’émission avec un disque de musique française.

Le maréchal King est dans une position délicate. Il subit de nombreux revers et près de 8000 de ses soldats sont tués. Isolé de la capitale après la destructions des lignes de télégraphes, il accepte de laisser repartir l’équipage à condition de pouvoir utiliser leur radio pour entrer en contact avec ses supérieurs… Et de recevoir trois Citroën.  

Fin novembre, l’expédition est enfin réunie et peut repartir vers la capitale, avec plus de cinq mois de retard. L’hiver est déjà bien installé en Mongolie. L’eau gèle en quelques minutes. Les moteurs tournent en permanence, par peur qu’ils ne démarrent plus. Le 12 février 1932, l’expédition atteint enfin Pékin, accueillie par les européens y vivant.

Malgré ces rudes épreuves, les aventuriers s’apprêtent à attaque la deuxième partie de leur voyage : le retour en passant par le sud de l’Asie. Haardt, souffrant de problèmes de bronches, se sent mal. Ils partent tout de même jusqu’à Hong-Kong, où une grippe, puis une pneumonie, lui sont diagnostiquées. Le 16 mars, le chef d’expédition décède.

Malgré un bilan mitigé, l’exploit des explorateurs est salué partout en France. Les photos sont publiées dans de longs reportages dans les journaux et revues. Un film sort en 1934 et rencontre un grand succès en France comme aux Etats-Unis.